L’ALPAGA SURI

mardi 17 juin 2014
par  Gillian Evieux

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Killiam de Mynas
Jeune mâle (2 ans) juste avant sa première tonte

« Selon les éleveurs chevronnés, seul des critères spécifiques à l’espèce peuvent fournir un schéma de référence grâce auquel les propriétaires d’alpagas sont capables d’évaluer la qualité de leurs animaux et leurs chances de succès en tant que reproducteurs ou sur un ring de concours (….)

Ces critères spécifiques aident les éleveurs à faire de meilleures sélections, ce qui produira des animaux de plus grande valeur, et a définir plus clairement la différence entre suris et huacayas, tout en respectant leurs fonctions propres. »

Michael Safley

En ce moment, on entend de plus en plus souvent parler des suris ; je connais personnellement quatre personnes qui ont ajouté un ou plusieurs animaux de cette type à leur troupeaux et quand j’en parle avec ces personnes, j’entends toujours la même sorte d’enchantement dans les voix. Et c’est vrai, ce sont des animaux doux, beaux et enchanteurs.
J’en ai moi-même trois adultes maintenant et tout récemment mon premier cria suri était né – un vrai petit bijou qui brille dans le pré. Il y a énormément de gens qui passe par ici pour voir mes alpagas et les remarques fusent quand ils distinguent les suris dans le troupeaux – « oooh, on dirait un RASTA », « c’est le YANNICK NOAH des alpagas », « regarde, un alpaga FICELLE » « regardez les DREAD-LOCKS » ……les oooh devient waouou quand ces personnes touchent un pull tricoté en fibre de suri !!
Mais alors, c’est quoi exactement, un suri ? Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a des suri lamas et des alpagas suri. Ici, je vais parler uniquement de l’alpaga suri.
Il y a, ici en Europe, beaucoup d’opinions différentes, mais les connaisseurs d’Amérique du Sud sont d’accord pour dire que le suri est une race unique qui forme une partie de la famille d’alpagas. Il est extrêmement rare, et bien que les statistiques en Amérique du Sud ne sont pas très précises, il est estimé que le suri forme à peu près 5% de la population totale d’alpaga dans le monde. Le nom de ce type d’alpaga trouve ces origines chez un oiseau des Andes, le Pterocnemie pennata, (Nandou) qui a des plumes très brillantes et soyeuses et qui est appelé suri.
Il est vrai qu’une Huacaya puisse produire un cria suri et vice versa, et c’est pour cette raison que certaines personnes refusent l’idée que le suri est une race à part entière. Ce phénomène arrive quand il y a eu un mélange entre les races dans les générations précédentes, et très souvent, malheureusement, nous ne savons pas ce qui est dans le « paquet » génétique d’un animal – surtout s’il vient du Chili. Suite à des années d’expérimentation en Australie sur le croisement des deux races, il est devenu clair que le phénotype et des suris et des huacayas est gouverné par un seul gène qui a deux alleles : S et s (1). L’allele S est totalement dominant sur l’allele s, et les trois combinaisons possibles donneront les trois phenotypes suivant :
[SS] suri (homozygous suri)
[Ss] suri (heterozygous suri)
[ss] huacaya
Si on utilise un mâle suri homozygous on aura une progéniture 100% suri, mais si on utilise un mâle suri heterozygous on aura une progéniture 50% suri et 50% huacaya. Si vous voulez faire l’acquisition d’un suri, surtout d’un mâle reproducteur, vérifier bien ses antécédents !

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Lilikalani - nouveau née

Alors, c’est quoi, exactement, un suri ?
** « Le suri idéal doit avoir des joues bien couvertes et une barbiche au menton. La toison du suri doit quant à elle commencer à se torsader dès son front puis continuer uniformément le long du cou, sur le corps, le long des pattes, et terminer sur ses orteils. »
Le suri est normalement un peu plus petit qu’un huacaya, 10 à 20% moins lourd, avec une ossature plus fine. Les oreilles sont légèrement plus grandes et bien velues. Il est plus vulnérable que le huacaya au froid extrême parce que son dos est exposé et c’est peut-être pour ce raison qu’il a une réputation de fragilité ; mais Monsieur Rigoberto Calle Escobar dit dans son livre Animal Breeding and Production of American Camelids : « Le suri prospérera mieux si, retiré des régions désertiques de l’Altiplano il est transféré dans une région où le climat est plus doux ». Depuis plus que 20 ans que les américains, les australiens et les anglais faire reproduire les suris, le plupart vont réfuter véhément tout suggestion de fragilité.
Certains éleveurs ont remarqué que les suris femelles sont très fertiles et porte bien leurs crias. Un vétérinaire/éleveur américain qui a fait des analyses sanguines sur les suris et les huacayas a trouvé, en moyen, que les suris avaient un niveau de progestérone considérablement plus élevé.
** « La Toison idéale d’un Suri
La toison du suri doit suivre la ligne du corps, former des « mèches » indépendantes, bouger librement, et donner à l’animal une apparence lustrée mais sans être bombée. Le lustre de la toison suri est une indication primordiale sur sa qualité. De plus, la fibre doit être fine mais dense, plus soyeuse au toucher que celle d’un huacaya, presque grasse.
Les mèches du suri ont une structure bien définie. Elles doivent être compactes, indépendantes les unes des autres, se balançant librement sur l’animal quand il bouge, uniformes et torsadées dès la racine.
Entortillées ou doucement bouclées, elles doivent débuter au toupet
et continuer jusqu’aux jarrets. Chaque mèche doit avoir un beau tombé et embrasser le corps, pour lui donner une apparence drapée. Un suri, comparé à un huacaya du même âge et de même densité micrométrique, aura toujours une longueur de fibre supérieure.
Si on écarte la toison, les mèches intérieures doivent être aussi bien formées que celles de la couche supérieure et présenter le même lustre dès la racine.
Une fois tissée, la fibre suri est alors utilisée pour la confection de vestes ou de manteaux qui reflètent ce lustre chaleureux, voluptueux et luxueux.
Retenez ceci :la toison du suri est un rideau de soie sur sa solide stature.

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Des jeunes suris, juste sevrés

Référentiel pour le Toison Suri
Dans un concours, sur les 70% de points alloués à la toison, voici la répartition idéale :
Finesse : 30%
Lustre : 30%
Densité : 25%
Adéquation au type de toison : 5%
Longueur de mèche : 5%
Uniformité de couleur et micrométrique : 5%
1. La finesse : les éleveurs de suri doivent en faire un objectif principal pour leur programme de reproduction. Une moyenne de 21 microns est un résultat admirable pour un même troupeau, mais reste en deçà de la moyenne de 2003.
2. Le lustre : sans doute le premier critère de qualité pour une toison suri. Le lustre est héréditaire et doit devenir un critère de sélection universel. Une toison lustrée sera glissante, soyeuse et satinée, dès la racine. Plus le lustre continue sur la mèche, meilleure sera la qualité de la fibre. Don Julio Barreda (éleveur renommé de Pérou) a dit « Il y a trois qualités très importantes chez le suri : lustre, lustre et lustre ».
3. La densité : très importante pour la valeur du suri, ne doit surtout pas être sacrifiée à la finesse. La femelle idéale doit fournir de trois à quatre kilogrammes de toison à l’âge de deux ans. Il est toutefois difficile d’atteindre ce poids sur la totalité du troupeau. La moyenne actuelle est beaucoup plus basse.
4. L’adéquation au type de toison : ce qui distingue le suri du huacaya et en fait une race à part entière. Les mèches de la toison suri doivent, comme nous l’avons déjà dit, être indépendantes, roulottées de la racine à la pointe, et soyeuses.
5. La longueur de mèche : le suri idéal fournit une toison 20% plus longue que celle du huacaya sur une même période de temps.
6. L’uniformité micrométrique : elle ajoute de la valeur au produit fini. Une toison de même finesse mais plus uniforme aura une « subtilité de tissage » supérieure et permettra la création de tissus plus soyeux qu’une toison de micrométrie moyenne comparable. L’uniformité de couleur est très importante également pour la valeur commerciale, surtout au niveau de la teinture et de la finition. Une toison blanche ne devra contenir aucune fibre foncée et vice-versa. »

Voilà ce qu’il faut observer si vous êtes spectateur d’un concours ou rechercher si vous pensez faire le saut pour acquérir un suri (mâle ou femelle).
Ce que vous ne trouverez très certainement pas ici en France est un Wasi. Le Wasi est un suri qui n’a jamais était tondu et qui est sensé avoir des pouvoirs magiques – les bergers indiens gardent souvent un Wasi dans leurs troupeau pour plaire aux dieux (Apus) des alpagas.

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Wasi péruvien
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Wasi au concours d’Arequipa, Pérou
Non, le juge ne porte pas une jupe, c’est réellement les mèches d’un wasi.

(1)Baychelier P. – Suri and Huacaya : two alleles or two genes ? AAA Nat. Congress, 2000
** Safley, Michael - «  » (L’Alpaga Idéal– du Mythe à la Réalité)

Article apparu dans le journal (AFPC) Lamas et Alpagas Magazine N° 59 Eté, 2009
ecrit par Gillian Howard-Evieux

Notez qu’en 2014, il y a maintenant beaucoup plus d’éleveurs en France qui ont intégré des suris dans leurs troupeaux ou qui se sont spécialisé dans l’alpaga suri.