C’EST QUOI , UN ALPACA ?

mardi 17 juin 2014
par  Gillian Evieux

C’EST QUOI , UN ALPACA ?

Quand on dit qu’on est éleveur d’alpacas il y a souvent un silence pendant que l’auditeur digère cette information, puis vient la question de base, « C’est quoi, un alpaca ? ». La réponse déclenche une avalanche d’autres questions et suscite un intérêt grandissant au fur et à mesure qu’on explique sa folle aventure avec ces bêtes intelligentes et touchantes. Nous allons essayer ici de répondre à quelques unes de ces questions.

Alors, la réponse brève est que l’alpaca est un cousin du llama, mais on peut aller bien plus loin que ça pour connaître cet animal.

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Parmi les camélidés d’Amérique du Sud (surtout au Pérou, au Chili, en Bolivie et en Argentine), il y a deux espèces sauvages : le guanaco (Lama guanicoe) et le Vicugna (la ‘vigogne’, Vicuna vicugna) et deux formes domestiques, l’alpaca classifié en Vicugna pacos (ce nom reconnu maintenant internationalement remplace le terme ancien ‘Lama pacos’), et en llama (Lama glama). Dans ces quatre divisions de l’espèce du petit camélidé de l’Amérique du Sud, le guanaco, le vicugna, le llama et l’alpaca, on peut dire que l’alpaca est le descendant domestiqué ( et quelque peu hybridisé par l’homme) du vicugna, son cousin sauvage.

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Alpagas en France

Malgré les interventions de l’homme durant à peu près trois mille ans – les croisements avec le llama et son ancêtre, le guanaco, visant à obtenir des animaux plus grands et donc donnant davantage de laine, au détriment de la qualité et de la finesse de la fibre - on a pu prouver, grâce aux recherches sur l’ADN des petits camélidés (voir les travaux récents de Mike Bruford, Professeur de Biodiversity et d’une équipe à l’Université de Cardiff, relatés dans un article d’Alpaca World Magazine, été 2004) que le véritable ancêtre de l’alpaca est le vicugna, l’animal qui est reconnu avoir la fibre la plus fine du monde. En outre, l’espèce alpaca se divise encore en deux sous-types, le huacaya, compact avec une laine dense, ondulée et brillante et le suri dont le corps est plus fin et la laine plus longue et plus soyeuse, tombant dans des sortes de longues nattes torsadées (‘dreadlocks’ rastafarian) !­­

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Suris et huacaya, côte à côte

L’alpaca et les autres petits camélidés viennent principalement de la Cordillère des Andes habitées par les indiens Quetchuan ( Pérou, Chili, Bolivie et Argentine). Domestiqué depuis plus de 3.000 ans, il est intégré totalement dans la structure de la famille, il fournit la laine pour les habits, auxquels des teintures d’origine végétale donnent des couleurs très vives, et plus tard, quand la qualité de la laine baisse avec l’âge, sa viande sert de nourriture. Des animaux sont donnés en cadeau aux jeunes quand ils deviennent adultes, et le troupeau familial forme une partie de l’héritage quand les parents meurent.
De nos jours, l’alpaca se trouve un peu partout dans le monde, grâce à deux ou trois hommes, séduits par leur beauté et la qualité de leur laine, qui ont décidé de les transporter hors des frontières sud-américaines pour créer des élevages (on signale la présence en Espagne d’alpacas domestiqués, sans préciser la date : peut-être déjà au seizième siècle). Dans les années 1840/50, 14 alpacas arrivèrent en France et en Angleterre. En 1844, 400 animaux furent importés en Angleterre, mais tous sauf trois moururent sur le bateau. Cela causa un tel scandale au Pérou que le gouvernement promulgua une loi interdisant l’exportation de l’alpaca hors des frontières. A la suite de ces événements, Charles Ledger, un anglais vivant au Pérou décida d’essayer d’exporter un certain nombre d’alpacas, llamas et vicugnas en Australie, clandestinement bien sûr. Cela lui prit 6 ans pour acheminer à travers les Andes des centaines d’animaux vers le sud, parcourant la Bolivie, l’Argentine, le Chili et ses déserts,. Il embarqua 336 animaux sur un bateau pour l’Australie en 1858.
Le commerce de la laine de mouton avec l’Angleterre devenant de plus en plus faible, l’Australie, à une époque assez récente, s’orienta vers l’élevage de haute sélection des alpacas. Le développement est étonnant : aujourd’hui , il y a près de 300.000 alpacas en Australie, et cela ne suffit pas à répondre à la demande des filatures et des magasins de produits en laine d’alpaca. Aux USA et au Canada, l’élevage est en plein essor. On compte près de 10.000 bêtes de grande qualité en Angleterre. L’Allemagne, la Suisse, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique développent aussi leur élevage. Et la France ?’ On compte un sheptel d’à peu près 700 alpacas ! Il est temps de combler notre retard, de prendre sa part dans ce marché en plein essor, mais avec des animaux sélectionnés et en améliorant peu à peu la qualité génétique, la finesse et le poids de la laine.

Un animal facile à élever si l’on prend de bonnes résolutions
L’alpaca est un animal rustique qui peut vivre jusqu’à 25-30 ans. Il est rarement affecté par les maladies connues chez les animaux qui nous sont plus familiers en Europe. Durant la récente épidémie de fièvre aphteuse, par exemple, les petits camélidés n’ont pas été touchés. En plus des vaccinations et des vermifuges nécessaires à tout élevage, le propriétaire d’un alpaca lui soignera les pieds de temps en temps en lui coupant les ongles ; il le tondra chaque année avant l’été. Dans certaines régions où l’herbe est très tendre, les dents auront besoin d’être limées, ce qui, dans leur habitat naturel, est assuré par l’herbe dure et râpeuse ! La période de gestation peut varier de 335 à 360 jours (ou plus !) ce qui est très stressant pour le propriétaire mais ne semble pas gêner la dame ; et en général les naissances se font simplement et sans problème, même si nous avons tous nos ‘histoires dramatiques’ à raconter ; elles ont lieu en général le matin entre 8 h et 12 h : sans doute parce que, sur les hauts plateaux des Andes (l’altiplano), par exemple, tout le troupeau doit pouvoir se déplacer avant la tombée de la nuit et se protéger des prédateurs. L’alpaca s’adapte en toute région, à des pâturages et des terrains très différents, et à toutes sortes de climats, avec équanimité. Il voyage facilement, généralement en position ‘baraquée’ et s’il a un peu de foin à grignoter, il est content – s’il a une fenêtre pour regarder dehors il est même très content.

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Une des questions les plus fréquentes est « Est-ce qu’il crache ? » Eh bien, il faut dire que oui !! Mais plutôt entre eux que sur nous ; le crachat fait partie du langage de l’alpaca. La plupart du temps, ils communiquent par des murmures et de petits couinements ; les mères ont une sorte de ‘clic-clic’ spécialement pour leur bébés et, quand il y a quelque chose d’inconnu à proximité , il y a un cri d’alarme qui rassemble le troupeau pour affronter le danger ensemble. Le crachat, d’intensité variable, peut être un gentil ‘gare à toi !’ ou peut dégénérer en bagarre totale et dans ce cas il vaut mieux s’éloigner de 2 ou 3 mètres !
Quelle est l’utilité de cet adorable animal ?
En France, pays des gourmands, on en vient vite à la question « Est-ce qu’on le mange ? » Comme on a pu le lire ci-dessus, dans les pays d’origine, les indigènes mangent leurs animaux à un certain moment, quand la fibre de la laine de l’animal est jugé trop grosse pour faire un bon fil. Il faut noter que dans ces pays il y a peu de gens qui ont les moyens de faire des recherches systématiques sur la génétique, c’est pourquoi dans un troupeau de village on trouvera beaucoup de tares dues à la consanguinité ou au mélange des espèces. Dans le ‘nouveau monde’ de l’alpaca, la situation n’est pas comparable ; nous ne manquons pas de quoi manger ici, le prix élevé de la quarantaine et l’importation des troupeaux, des années de recherches génétiques et les améliorations déjà obtenues dans la qualité de l’animal et de sa laine font que l’idée de manger nos bêtes ne nous effleurerait même pas.

Non, sa valeur c’est sa laine dont la qualité est universellement reconnue. Cardée, elle est travaillée en feutre ; filée, elle peut être tricotée ou tissée et transformée en vêtements et produits innombrables jusqu’à des tapis et des moquettes somptueux. Sa résistance au feu a récemment été la raison déterminante de son choix par une compagnie aérienne pour habiller l’intérieur de ses nouveaux avions. Certains éleveurs favorisent la laine blanche pour que l’on puisse éventuellement la teindre ; d’autres jouent sur l’incroyable gamme des couleurs naturelles – des couleurs qui ne changeront pas au fil des multiples lavages !
Chez l’alpaca, il faut éviter les scènes de ménage
L’alpaca peut être un sympathique ‘animal de compagnie’. Il gardera un pré propre, sans abîmer le pâturage car il n’arrache pas les touffes mais coupe l’herbe brin par brin, et ses pieds en coussinet ne ‘hachent’ pas la terre. Il est facilement dressé au licol et, bien qu’il ne soit pas aussi fort qu’un llama, il vous portera gentiment votre casse-croûte quand vous partirez en balade. L’alpaca est un animal grégaire et peut mourir d’ennui si on le laisse tout seul ; alors, si on ne fait pas un élevage proprement dit, on mettra ensemble deux alpacas ; deux femelles seront tranquilles et calmes ensemble ; deux mâles joueront ensemble. En revanche, un couple ne fera pas bon ménage ; une fois fécondée la femelle refusera les avances et les jeux du mâle et cherchera à s’éloigner. Alors, ou bien ce sera la lutte entre eux, ou bien on aura deux animaux tristes et seuls dans le même pré, ou bien épuisée par le mâle, la femelle dépérira. L’alpaca est courageux et il fera face aux animaux inconnus qui entrent dans son pré. En Australie on le met souvent avec les troupeaux de brebis pour les protéger des renards. On a même vu un mâle qui faisait la ‘sage-femme’ dans son troupeau, cherchant la brebis qui s’apprête à mettre bas et se couchant à côté d’elle jusqu’à ce que son agneau apparaisse !
Si on décide de se faire éleveur on va chercher à avoir des animaux de bonne conformation, de taille compacte avec des aplombs droits et une bonne dentition. On fera attention à la qualité de la laine sur les animaux, à sa brillance et à sa finesse ; est-elle ondulée ou frisée ? On va regarder la densité (un animal petit et compact peut donner un plus grand poids de laine, si elle a de la densité, qu’un autre plus grand) et l’épaisseur de la laine recouvrant les pattes, le cou et la tête. Et puis, on va chercher des améliorations à travers les générations en choisissant pour chaque femelle LE mâle qui lui apportera un plus. C’est souvent bien plus facile, au début, de n’acheter que des femelles et de les transporter ensuite pour les saillies là où vous trouverez le mâle qui vous convient. Ainsi, on évite la consanguinité et on introduit une large gamme génétique dans son troupeau. Pour bien comprendre l’importance de ces problèmes, le mieux est de visiter de nombreux élevages, de toucher les toisons, de poser beaucoup de questions, et aussi d’assister à des concours où les juges internationaux expliquent les qualités ou les défauts des animaux qui participent à ces concours.

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Une Championne australienne
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Deux Champions français
Suprême Champion et Réserve Suprême Champion Suri Bourges 2014