LA NUTRITION DES ALPAGAS

mardi 17 juin 2014
par  Gillian Evieux

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Pour bien comprendre les besoins nutritionnels des petits camélidés, il est nécessaire de faire un peu d’anatomie. Ils ont des incisives fortement ancrées dans la mâchoire inférieure, tout comme des moutons ou des chèvres, qu’ils pressent contre un coussin dur qui remplace les dents dans la mâchoire supérieure pour couper l’herbe. Ils peuvent donc paître les herbes ou plantes courtes et les couper très courts, sans pour autant abîmer le pâturage. La lèvre supérieure des camélidés est unique. Elle est fendue et chaque côté de la lèvre peut bouger indépendamment pour tester chaque brin ou feuille avant de l’amener à la bouche. Quel plaisir de voir un de ces animaux se délecter de pétales de fleurs ou de baies qu’il cueille délicatement au milieu des épines féroces ! Grâce à cette façon méticuleuse de choisir son alimentation il est rare qu’un camélidé mange des matières étrangères ou des plantes toxiques. Mais attention, il est toujours possible qu’il se trompe, surtout avec les herbes ou des feuilles qui sont sèches ; il convient donc de prendre toutes les précautions possibles pour éliminer les plantes toxiques dans les prés.
La langue ne participe pas à la cueillette de l’alimentation et sort rarement de la bouche. Un camélidé ne se lèche pas et ne lèche pas ses petits. Donc, il ne lèche pas non plus les blocs de sel, mais il peut les grignoter s’il en sent le besoin.

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Le lama et l’alpaca se sont multipliés sur l’altiplano de l’Amérique du Sud entre 2300 et 5000 mètres d’altitude. Ils ont développé leur capacité de vivre sur un pâturage qui est souvent clairsemé et pauvre. Le lama, qui se trouve principalement en dessous de 4000 mètres, mange de l’herbe haute et rude et aussi des arbres et des buissons quand il y en a. L’alpaca, qui habite normalement au dessus de 4000 mètres, ne mange que du pâturage. L’étude au Pérou de Reiner et Bryant (1986) a fait les constatations suivantes :
L’alpaca dans des prés marécageux mange 27% de graminées (festuca, calamagrostis : fétuque, chaume), 58% de joncs et de roseaux (juncus, carex, distichia etc) et 14% des légumineuse (trèfles et autres). Dans les prés des hauts plateaux il mange 53% de graminées, 32% de joncs et roseaux et 15% des légumineuse.

Ils ne restent jamais longtemps brouter dans un seul endroit mais préfèrent errer sur le prés en prenant une bouchée ici, un brin là. Ils mâchent peu, juste ce qu’il faut pour ajouter un peu de salive avant d’avaler. Ils broutent approximativement durant un tiers des heures de lumière du jour ; ils ne sont pas actifs pendant la nuit. Après avoir ingéré rapidement le fourrage dont ils ont besoin, ils vont se mettre au repos pour régurgiter, mâcher longuement et avaler de nouveau. Des études ont trouvé que, en comparaison d’autres ruminants, les camélidés ont un système digestif qui est plus efficace et qui donc absorbe plus de substance nutritive de leur fourrage. Il est important de savoir que les camélidés ont, dans leur appareil digestif des populations de bactéries et de protozoaires très spécifiques et donc il est important de procéder lentement à tout changement de nutrition, pour ne pas détruire ces populations. Sur un pâturage correct, avec un bon mélange de graminées, pas trop d’herbacées (trèfle, luzerne etc.) un animal va manger à peu près 2% de son poids corporel. Par exemple, un alpaca adulte qui pèse 70 kg mangera 1,4kg par jour de matière sèche. Il est important qu’il ait du foin (pas trop riche en légumineux) à volonté, surtout quand le pâturage est frais et vert. Plus l’herbe est succulente, plus l’animal a besoin de fourrage sec pour faciliter la digestion. S’il y a un manque d’herbe ou s’il fait plus froid que d’ordinaire, il sera peut-être nécessaire de leur donner en supplément un mélange de céréales, surtout pour des femelles durant la gestation ou la lactation, mais pas plus de 200 gr par animal par jour. On veillera à faire un mélange qui ressemble le plus possible à leur fourrage naturel : de l’avoine, de l’orge et pas plus de 15% de protéines (luzerne etc). Mais attention,les céréales peuvent se compacter dans le premier estomac, empêchant le mouvement des fibres, l’éructation du gaz et la régurgitation. Il est aussi important de ne pas leur donner des féculents, car ceux-ci peuvent inhiber l’activité des bactéries bénéfiques et créer des conditions acidifiées défavorables dans le premier estomac.

Depuis trois ans maintenant, moi, j’utilise un produit qui est formulé expressément pour les camélidés - CAMELIBRA. Utilisé en tout petit quantités (1gr par kilo du poids corporel) il fournit le soutien nutritionnel nécessaire pour maintenir au maximum la libération nutritive et l’absorption d’une alimentation naturelle de fourrage et de fibre. CAMELIBRA NG-2 contient :

  • de la farine d’algues et de chanvre
  • des oligo-éléments naturels
  • des ’probiotics’ et des produits ’nanotechnologiques’
  • des vitamines A, D3 et E, sélénium, cuivre, manganèse, calcium, phosphore et magnésium etc.

Encore une fois, il est important d’introduire graduellement tout complément et de ne pas augmenter le dosage d’un coup, risquant ainsi d’aboutir à un blocage de la panse, à l’incapacité de ruminer et de provoquer une septicémie qui peut amener la mort en quelques heures.

Depuis les années 1980, quand l’interdiction d’exporter des alpacas et des lamas a été levée, nous observons l’étonnante capacité d’adaptation de ces animaux qui se trouvent chez eux où qu’ils soient ; dans les montagnes suisses, canadiennes ou françaises, dans les plaines ou sous les tropiques d’Australie, les marécages d’Irlande ou les prés sur les collines de nombreux pays. On savait qu’ils vivaient bien sur les terres pauvres et nous découvrons qu’ils sont capables de changer leurs habitudes pour mieux profiter des terres plus riches. En même temps, certaines études mettent en évidence un épaississement de la fibre sur les animaux dont l’alimentation est trop riche. On peut donc en conclure que pour ceux qui cherchent à optimiser la production de la fibre de leurs animaux, il vaut mieux les mettre sur des prés pas trop riches, avec, en complément, un bon foin à base de graminées.

NOTEZ : NE JAMAIS DONNER DU PAIN AUX CAMÉLIDÉS .... CECI PEUT LES TUER !!

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C’est l’hiver mais ils trouvent de quoi manger ....